• L'AUDE

    A toute allure,
    les nuages filent en biais vers l’horizon
    ils entraînent avec eux une partie du ciel
    libérant un tourbillon de pluie noire
    c’est déjà la nuit avant le soir
    les nuages obliquent droit vers le sol
    noient les maisons et la peste industrielle
    dans les vagues d’une tempête humide
    les rideaux de pluie étouffent tous les autres bruits
    silence liquide martelé de gouttes
    tout devient gris
    l’eau transparente enveloppe tout
    des langues de brume descendent sur nous
    en furie
    la pluie fouette les visages qui courent
    détourne les voitures qui s’enfuient
    les creux d’asphalte sont inondés
    seule l’eau peut encore circuler
    les pare-brise sont aveugles
    et les parapluies envolés
    impossible de savoir où nous sommes
    L’eau en torrents emporte tout
    elle liquéfie la terre
    elle gicle dans le moindre trou
    ruisselle sur les têtes
    et emporte les déchets de pensées
    loin des trous de mémoire
    La masse liquide déborde de toutes parts
    elle submerge ponts et barrières déchaussés
    les tours cimetières disparaissent en fumée
    la pluie nettoie le ciel
    arrache d’innommables impuretés
    les constructions sont inondées
    le béton suinte des murs
    les maisons se fissurent
    les rues sont gorgées d’eau
    le haut débit est à saturation
    inondation au-delà de l’ivresse
    la ville en détresse se vomit dessus
    les égouts évacuent le trop-plein
    les rivières charrient les débris au loin
    la terre a bu jusqu’à plus soif
    la tête lui tourne
    elle ne sait plus où sont le haut et le bas

     

    L’averse dense se déplace au loin
    les flaques retrouvent leur calme
    et les fleuves leurs lits
    La pluie devient bruine
    les nuages se disloquent au creux des vallées
    le ciel se rétablit en l’air
    entre les méandres de brumes
    Des squelettes d’arbres luisent au bord de la route
    les branches coupées et pleines de cicatrices
    Les toits s’égouttent dans les caniveaux
    les essuie-glaces continuent d’osciller
    les hommes sortent de leur trou et se remettent en marche
    toujours le cœur lourd dans leurs imperméables
    les voitures pressées font gicler l’eau sur les bords
    sur les passants qui sont stigmatisés 
    et clignotent pour tourner on ne sait où
    Le béton fume et les tours repoussent
    L’inondation n’était que temporaire
    la vie reprend son cours détourné
    nettoyées, les fissures apparaissent immenses
    lavées, les plaies se font plus intenses
    La terre à nouveau brûlée par le soleil
    se craquelle en d’innombrables crevasses
    et tout reprend sa place.


  • Commentaires

    3
    Mercredi 17 Octobre à 10:53

    Un magnifique texte pour ces pauvres gens inondés et qui ont tous perdus,

    cela me rappelle les nombreux cyclones outre-mer et typhons

    que j'ai vécu lors de ma vie de "voyageuse" mais sans jamais en être la victime ..

    Bel hommage écrit de ta jolie plume .

    Bises de Christiane

     

    2
    Mercredi 17 Octobre à 10:44

    Un très beau texte pour ce département qui a payé un si lourd tribu. J'espère seulement que les pluies annoncées ne vont pas de trop impacter ton département.

    Bises et bon mercredi

    1
    Mercredi 17 Octobre à 09:01

    J'ai vécu 2 inondations dans la Drôme et .....Je me suis dit plus jamais !

    Bisous



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